Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/872

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ce pas ton sentiment ? — Je n’en ai point d’autre, me répondit-il. — Où nous tournerons-nous donc, et à quel art nous adresser ? — Je ne le vois guère. — Attends, je crois l’avoir trouvé. — Quel est-il ? reprit Clinias. — [290b] L’art militaire, répondis-je, me paraît l’art dont l’acquisition doit nous rendre heureux. — Je ne suis pas de cet avis, moi. — Pourquoi ? — Ce n’est qu’une chasse aux hommes. — Eh bien ? — Toute chasse, me répondit-il, ne fait que découvrir et poursuivre la proie : quand elle est prise, on n’est pas encore en état de s’en servir ; les chasseurs et les pêcheurs la mettent entre les mains des cuisiniers. Les [290c] géomètres, les astronomes, les arithméticiens sont aussi des chasseurs, car ils ne font pas les figures et les nombres, mais ils cherchent ce qui existe déjà ; et ne sachant pas se servir de leurs découvertes, les plus sages d’entre eux les donnent aux dialecticiens, afin qu’ils les mettent en usage. — Quoi ! Clinias, lui répondis-je, ô le plus beau et le plus sage des enfans, en est-il ainsi ? — Certainement, dit-il, et de même les généraux [290d] après qu’ils se sont rendus maîtres d’une place ou d’une armée, les abandonnent aux politiques, parce qu’ils ne savent pas comment user de ce qu’ils ont pris ; justement comme les chasseurs de cailles abandon-