Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/880

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Par Jupiter ! cela ne se peut. — Ne dis-tu pas, continua-t-il, que tu sais quelque chose ? — Oui. — N’es-tu pas savant si tu sais ? — Je suis savant de ce que je sais. — Cela n’importe, me dit-il. Si tu es savant, ne faut-il pas que tu saches tout ? — Non, par Jupiter ! lui dis-je, puisque j’ignore bien d’autres choses. — Mais si tu ignores quelque chose, tu es donc ignorant ? — De ce que j’ignore, mon cher. — Tu n’en es pas moins ignorant, dit-il ; et tout-à-l’heure tu assurais que tu étais savant ; [293d] ainsi tu es ce que tu es, et en même temps tu ne l’es pas. — Soit, Euthydème, lui répondis-je, car, comme on dit, tu parles d’or ; mais comment possédé-je cette science que nous cherchons ? N’est-ce pas à cause qu’il est impossible qu’une chose soit et ne soit pas ? de sorte que si je sais une chose, il faut que je sache tout, parce que je ne saurais être savant et ignorant à-la-fois, et que si je sais tout, il faut que je possède aussi cette science ? N’est-ce pas ainsi que vous raisonnez, et est-ce là le fin de votre art ? [293e] — Tu te réfutes toi-même, Socrate, répondit-il. — Mais, Euthydème, repris-je, la même chose ne t’est-elle pas arrivée ? Pour moi, je n’aurai jamais envie de me plaindre d’une aventure qui me sera commune avec toi et ce cher Dionysodore. Dis-moi donc, n’y a-t-il