Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/92

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aisé de connaître que leur sagesse a été du même genre que celles des Spartiates, par les sentences courtes et dignes d’être retenues, qu’on attribue à chacun d’eux. Un jour s’étant rassemblés, ils consacrèrent [343b] les prémices de leur sagesse à Apollon, dans son temple de Delphes, y gravant ces maximes qui sont dans la bouche de tout le monde : Connais-toi toi-même, et rien de trop[1].

A quel dessein ai-je rapporté tout ceci ? Pour vous faire connaître que le caractère de la philosophie des anciens a été une brièveté laconienne. Or, on publiait en tous lieux ce mot de Pittacus, vanté par tous les sages : Il est difficile d’être homme de bien. [343c] Simonide donc, qui se piquait de sagesse, s’imagina que s’il terrassait ce mot, comme si c’était un athlète célèbre, et qu’il en triomphât, il se ferait beaucoup d’honneur dans l’esprit des hommes. C’est contre cette sentence, et dans la vue de la renverser, qu’il a, ce me semble, composé la chanson dont nous parlons.

Examinons tous en commun si ce que je dis est vrai. D’abord le début de cette pièce paraît extravagant, si, voulant simplement dire qu’il est difficile de devenir homme de bien, [343d] il a ajouté sans doute, qui serait mis là sans aucune raison,

  1. Voyez Pausanias, X, 26. Les anciens diffèrent sur les auteurs de ces maximes. Voyez l’Hipparque, t. V.