Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1001

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l’exécution de ce dessein présentait pour toi, [319e] pour Syracuse et pour toute la Sicile ! Si tu prétends n’avoir point tenu les discours que tu as véritablement tenus, j’ai de quoi te confondre. Si tu en conviens, tu n’as qu’à suivre le sage exemple de Stésichore[1] dans sa palinodie, et faire succéder la vérité au mensonge.



LETTRE IV.

Platon à Dion de Syracuse ; bonheur et sagesse.

Je crois avoir montré dans toutes les circonstances un assez vif intérêt aux événements actuels, et travaillé avec assez de zèle à leur heureuse issue, sans autre motif que l’amour pour la gloire attachée aux bonnes actions ; [320b] car je trouve juste que les hommes véritablement honnêtes et qui mettent en pratique leurs principes recueillent la réputation qu’ils méritent. Jusqu’ici, grâce à Dieu, tout va bien ; mais l’avenir nous réserve une lutte très difficile. D’autres peuvent se distinguer par la valeur, la vitesse, la force ; mais quand on a certaines prétentions, on doit particulièrement posséder l’amour de la vérité, la justice, la magnanimité, [320c] et la dignité qui accompagne ces vertus. Ces vérités sont évidentes ; mais n’oublions pas que certaines personnes (tu sais de qui je veux parler) doivent s’élever au-dessus des autres

  1. Stésichore, poète lyrique qui perdit la vue, dit-on, pour avoir fait une satire contre Hélène, et la recouvra après avoir chanté la palinodie, dans laquelle il désavouait son premier poème.