Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1019

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chercha à me séduire par les honneurs et les richesses ; mais toutes ses tentatives échouèrent. Plus tard, quand Dion [333e] retourna en Sicile, il emmena avec lui deux frères athéniens. Ce n’était pas la philosophie qui lui avait donné ces nouveaux amis ; mais c’était plutôt une de ces liaisons à la mode que l’hospitalité et les rencontres dans les spectacles ou les sacrifices font naître tous les jours. Ces deux hommes avaient gagné l’affection de Dion, comme je viens de dire, et aussi en l’aidant dans les préparatifs de ta traversée qu’il voulait faire. [334a] À leur arrivée en Sicile, ils ne se furent pas plus tôt aperçus que les Syracusains étaient prévenus contre leur libérateur et l’accusaient d’aspirer à la tyrannie, que, non contents de trahir un ami et un hôte, ils le massacrèrent en quelque sorte de leurs propres mains, en venant les armes à la main pour animer ses meurtriers. Je ne veux ni taire ni raconter plus longuement ce crime honteux et impie ; il a trouvé et il trouvera encore des historiens plus empressés que moi. Mais je dois répondre au reproche d’infamie que cette affaire a soulevé contre notre patrie. [334b] Si ces lâches venaient d’Athènes, c’était un Athénien aussi celui que ni les honneurs ni les richesses n’ont pu entraîner à trahir Dion. Aussi n’était-ce point une liaison vulgaire qui les unissait, mais une communauté d’études libérales qui, pour le sage, est bien préférable à tous les liens de l’âme ou du sang. Ces assassins sont trop vils pour que leur crime puisse être une tache à leur pairie. Tout ceci soit dit pour servir d’instruction aux parents et aux amis de Dion. Je répète donc pour la troisième fois ce conseil, puisque vous êtes les troisièmes qui me consultez : faites gouverner la Sicile ou tout autre État, quel qu’il soit, non par des despotes, mais par des lois. La tyrannie n’est bonne ni pour ceux qui l’exercent, ni pour ceux