Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1020

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qui la souffrent, [334d] ni pour leurs enfants et pour les enfants de leurs enfants. Une semblable entreprise est toujours pernicieuse ; ces violences n’appartiennent qu’aux âmes basses et viles, incapables de connaître ni dans le présent ni dans l’avenir ce qui est bon, ce qui est juste aux yeux des hommes et des dieux. Voilà ce que j’ai cherché à persuader d’abord à Dion, puis à Denys, et en troisième lieu à vous. Croyez-moi donc, au nom de Jupiter trois fois sauveur. Considérez ensuite le sort de Denys et de Dion. L’un a méprisé mes conseils et il vit encore aujourd’hui [334e] dans la honte ; l’autre les a suivis et est mort glorieusement : car celui qui veut ce qui est bien pour lui-même et pour sa patrie, celui-là ne peut avoir qu’une bonne et belle destinée. En effet, personne de nous n’est immortel, et celui qui jouirait de ce privilége n’en serait pas plus heureux, comme la foule le croit. Les êtres inanimés ne sauraient éprouver ni bien ni mal quelconque, [335a] mais toute âme doit en éprouver, soit pendant son union avec le corps, soit quand elle en sera séparée. Il faut ajouter foi à cette ancienne et sainte doctrine que l’âme est immortelle, qu’après sa séparation d’avec le corps elle trouve des juges et des châtiments sévères, et que par conséquent c’est un moindre mal pour nous de souffrir les plus grandes injustices que de les commettre. L’homme avide de richesses, [335b] et pauvre du côté de l’âme, n’écoute pas de pareils discours, ou ne les écoute que pour s’en moquer. Semblable à une bête farouche, il s’approprie sans pudeur tout ce qu’il croit bon à satisfaire ses désirs insatiables de manger et de boire, et à lui procurer toujours ces basses et viles jouissances qui ne méritent pas le nom d’amour. L’aveugle ne voit point que toutes ses violences sont autant d’impiétés, que le malheur est inséparable de toute injustice, et qu’une loi fatale condamne