Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1044

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les autres, combien de fois vous vous êtes flattés que le succès de vos desseins ne dépendait plus que d’un faible obstacle, et combien de fois cet obstacle si faible n’a-t-il pas été la cause des plus terribles malheurs. Ainsi vos misères n’ont pas de fin ; leur terme apparent est leur renouvellement perpétuel. Dans ce cercle [353e] de calamités, vous pouvez tous périr, amis du peuple et soutiens de la tyrannie ; et le jour viendra, jour à la fois certain et funeste, où la Sicile n’entendra plus la voix d’aucun Grec et sera devenue une province des Phéniciens ou des Opiques[1]. Les Grecs doivent donc mettre tous leurs efforts à découvrir un remède à ce mal ; et si quelque autre en présente un plus sage et plus efficace que le mien, il faut lui donner le titre bien mérité [354a] d’ami de la Grèce. Pour moi, je tâcherai de vous faire part de mon opinion en toute liberté, et devons tenir le langage de la justice et de la raison. Je parlerai comme un arbitre aux deux parties, à ceux qui veulent la tyrannie et à ceux qui la souffrent ; et je leur répéterai un conseil que je leur donne depuis longtemps. D’abord, je conseille aux tyrans de renoncer à un nom et à un pouvoir odieux, et de changer, s’il est possible, [354b] leur gouvernement en monarchie. Le sage et vertueux Lycurgue a prouvé par son exemple que ce changement est possible. Quand il vit que ses propres parents, en substituant dans Argos et Messène la tyrannie à la monarchie, avaient précipité dans le même abîme leur trône et leur pairie, il craignit le même malheur pour sa patrie et pour sa race. Il y remédia, par la création du sénat et de la magistrature des éphores, sauvegarde de la monarchie. Aussi admire-t-on depuis tant de siècles la force et l’éclat de ce gouvernement où la loi [354c] est la reine

  1. Peuple d’Italie.