Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1043

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autres : vous n’avez qu’à raconter votre histoire pour donner des leçons aux autres peuples. Tout le monde est d’accord sur ce point ; ce qui est difficile, c’est de découvrir et d’accomplir le bien de tous, amis et ennemis, ou au moins le moindre mal possible des uns et des autres. Mes conseils et mes explications [353a] seront comme des vœux ; oui, des vœux : car, dans toutes nos pensées, dans toutes nos paroles, c’est aux dieux que nous devons avant tout nous adresser. Et ces vœux seront remplis si mes paroles peuvent être utiles à la fois à vous et à vos ennemis. Depuis le commencement de la guerre vous avez été soumis les uns et les autres à une famille que vos pères ont placée à la tête des affaires dans un moment critique, où la Sicile grecque, ravagée par les Carthaginois, courut le plus grand risque de devenir barbare. Ils choisirent le jeune et brave [353b] Denys pour diriger les opérations militaires, dans lesquelles il avait une grande supériorité ; ils lui adjoignirent pour le conseil un vieillard, Hipparinos ; et en leur confiant le pouvoir suprême pour sauver la Sicile, ils leur donnèrent le nom de tyrans. Et, soit par une fortune divine ou par un dieu même, soit par le mérite des chefs ou plutôt par le concours de ces deux motifs et par la vertu des Siciliens d’alors, l’État fut sauvé. Un tel bienfait [353c] méritait sans doute aux sauveurs de la patrie toute la reconnaissance du peuple. Si plus tard la tyrannie a fait un funeste usage du pouvoir qui lui avait été confié, il y a des châtiments pour elle, qu’elle les subisse. Mais quelles sont les justes peines dues à des fautes ? Si vous pouviez aisément, sans grands périls et sans malheurs sérieux, vous soustraire à l’autorité des tyrans, ou si ceux-ci pouvaient ressaisir leur empire sans violence, je ne voudrais pas vous donner sur l’avenir les conseils que vous allez entendre. [353d] Mais rappelez-vous, les uns et