Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/61

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semble pouvoir être rapporté qu’à de pareils hommes. Et si l’on étudiait les noms étrangers à ce pays-ci[1], on trouverait également à chacun une signification. Par exemple, pour celui dont nous parlons, remarquons que ce que nous appelons οὐσία, l’essence, s’appelle en d’autres contrées έσία, et ailleurs encore ὠσία. D’abord on peut admettre que du second de ces trois mots on a tiré le nom de l’essence des choses, Ἐστία. Et si nous appelons Ἐστία ce qui participe de l’être, οὐσία, il s’ensuit encore que Hestia a été bien nommée ; car nous aussi, à ce qu’il paraît, nous avons dit primitivement ἐσία pour οὐσία. En outre, si on fait attention aux cérémonies des sacrifices, on pourra se convaincre que telle était la pensée de ceux qui ont institué le nom d’Hestia. En effet, il était naturel que Hestia fut invoquée avant tous les dieux dans les sacrifices, par ceux qui avaient ainsi appelé l’essence de toutes choses. Quant à ceux qui lui ont donné le nom d’ὠσία, ils auront peut-être pensé, avec Heraclite, que tout passe et que rien n’est stable ; et le principe d’impulsion, τὸ ὠθοῦν, étant la cause de ce flux perpétuel, ils ont dû trouver juste de le nommer ὠσία. Mais en voilà assez là dessus pour des gens qui ne savent rien. Après Hestia, il est juste de passer à Rhéa et à Cronos, quoique

  1. C'est-à-dire à l'Attique.