Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/776

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sorte des corps minces par l’action de la chaleur, ou que trop épais et difficile à mouvoir [85d] il ne coule à peine dans les veines. Les fibres gardent la mesure convenable entre ces deux états ; si quelqu’un serrait les unes contre les autres les fibres du sang déjà refroidi d’un homme mort, le reste du sang se mettrait à couler ; tandis que si on les laisse dans leur état naturel, elles ne tardent pas à se figer par l’action du froid qui s’est emparé du sang. À cause de cette puissance des fibres sur le sang, la bile qui est sortie du vieux sang, et qui retourne de la chair dans le sang, légèrement chaude et humide au moment où elle s’y mêle, [85e] subit l’influence des fibres et se condense : ainsi condensée et éteinte par une force étrangère, elle produit au dedans du froid et des frissons. S’il y a plus de bile que de sang, elle l’emporte sur les fibres, les met en désordre et les corrompt ; et si elle parvient à l’emporter définitivement sur elles, elle pénètre jusqu’à la moelle, détruit les liens de l’âme qui résident dans la moelle comme les ancres d’un navire, et rend à l’âme sa liberté. Si au contraire la bile est en moindre quantité, et qu’au lieu de se liquéfier, le corps résiste, vaincue elle-même, ou elle se répand par tout le corps, ou elle est portée par les veines, soit dans la partie supérieure, soit dans la partie inférieure du ventre ; et, sortant du