Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/962

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manière que j'ai expliquée; et je soutiens moitié en badinant moitié sérieusement que, quand la mort aura fermé la carrière d'un de ces sages, si même on peut presque dire qu'il meurt, il n'aura point alors plusieurs sens comme aujourd'hui, mais n'ayant plus qu'une seule destinée à remplir, et devenu un de multiple qu'il était, il se verra au comble de la sagesse et de la félicité. En quelque lieu qu'habite cet heureux [992c] mortel, dans un continent ou dans une île, tel est le sort qui l'attend à jamais, qu'il ait mené une vie privée ou publique, s'il a fait son étude de ces objets, il recevra des dieux la même récompense.

On voit à présent la vérité de ce que nous disions au commencement, qu'il est impossible aux hommes, à un petit nombre près, de parvenir à un parfait bonheur, à une entière félicité. En effet, il reste démontré que ceux qui ont reçu à la fois en partage un naturel divin, de la prudence et les autres vertus, et de plus ont acquis toutes les connaissances qui conduisent à cette heureuse science (nous avons dit quelles sont ces connaissances ), ceux-là seuls ont acquis et possèdent complètement tous les éléments du vrai bonheur. Nous disons donc ici à titre privé, et nous établissons par une loi à titre public que les premières charges de l'État seront données à ceux qui auront cultivé ces sciences, quand ils seront parvenus à un âge avancé ; et que tous les autres citoyens marchant sur leurs traces s'occuperont des louanges des dieux et des déesses. Pour nous, après avoir suffisamment étudié et éprouvé les membres du conseil qui se tiendra avant le jour, nous ne pourrons mieux faire [992a] que de les exhorter tous à l'acquisition de cette sagesse.