Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/975

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


seigner la sagesse, et nous fait admirer cet art. Car il assure que pendant neuf ans Minos entendit Jupiter, et alla s'instruire auprès de lui comme chez un sophiste. Et Homère n'ayant attribué cette fortune d'être instruit par Jupiter lui-même à aucun autre héros qu'à Minos, [319d] c'est un éloge bien digne d'exciter notre attention. Et dans la descente aux enfers de l'Odyssée, ce n'est pas Rhadamante, c'est Minos qu'il représente[1] jugeant un sceptre d'or à la main; et non seulement il ne fait pas de Rhadamante un juge des enfers, mais nulle part il ne l'admet à l'entretien de Jupiter. Toutes ces raisons me font dire que Minos est, de tous les héros d'Homère, celui qu'il a le plus célébré. En effet, être fils de Jupiter, et le seul que ce dieu ait instruit lui-même, n'est-ce pas le comble de l'éloge? En effet ce vers :

« Il régna neuf ans dans le commerce du grand Jupiter »

[319e] signifie que Minos reçut des leçons de Jupiter; car; un commerce, c'est un entretien, et commercer avec quelqu'un, :c'est l'entendre. Minos fréquenta donc pendant neuf ans l'antre de Jupiter, pour s'instruire et enseigner ensuite aux autres ce que le Dieu lui avait appris. Il y en a qui, par ces mots « Le commerce de Jupiter », veulent entendre une société de table et de jeux. Mais la meilleure preuve qu'ils se trompent, [320a] c'est que, Grecs et Barbares, tous les peuples se livrent aux plaisirs de la table et à tous ces divertissements où le vin tient tant de place, tous, excepté les Crétois et les Lacédémoniens, disciples des Crétois. En Crète, une loi défend de s'exercer à boire jusqu'à l'ivresse; et il est certain que Minos n'imposait à ses concitoyens comme une loi que ce qu'il regardait comme bien, [320b] car il n'était pas de ces

  1. Odyssée, XI, 508.