Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/976

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hommes sans pudeur qui prescrivent aux autres autre chose que ce qu'ils font. Cette familiarité avec Jupiter consistait, comme je l'ai dit, dans des entretiens dont le but était l'enseignement de la sagesse. Minos donna donc à ses concitoyens ces lois qui firent dans tous les temps le bonheur de la Crète et qui font celui de Lacédémone depuis qu'elle les observe comme des préceptes divins. Quant à Rhadamante, c'était un homme vertueux, puisque ce fut un disciple [320c] de Minos. Il apprit de lui non pas l'art royal, tout entier, mais la partie inférieure de cet art qui sert de ministre à l'autre, et qui consiste à siéger dans les tribunaux. C'est ce qui l'a fait nommer L'excellent juge. Minos l'établit comme gardien des lois dans l'intérieur de la ville, et il confia la même charge à Talos pour les autres parties de la Crète. Celui-ci, en effet, parcourait trois fois par an les bourgs de la Crète pour y surveiller l'exécution des lois. Il les portait partout avec lui gravées sur des tables d'airain, ce qui l'a fait surnommer d'Airain[1]. Hésiode raconte à peu près [320d] les mêmes choses de Minos ; en le nommant, il dit que c'est le plus véritablement roi qui ait paru entré les rois mortels.

« Il régna sur un grand nombre de peuples,

«Le sceptre de Jupiter à la main; avec ce sceptre il gouvernait les États[2]. »

Par le sceptre de Jupiter le poète n'entend pas autre chose que l'art que Minos apprit de Jupiter, et à l'aide duquel il gouverna la Crète.

L'AMI. D'où vient donc, Socrate, cette tradition si généralement répandue [320e] que Minos était un homme farouche et cruel ?

  1. Apollodore, I, 26.
  2. Ces deux vers ne sont pas dans les Fragments d'Hésiode, pas même dans l'édit. de Gaisford, Poet. gr. minor., t. I. Voyez Boeckh, p. 63.