Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/980

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-vous pas que vous ne faites rien de ce que vous devriez faire ? Le but de tous vos soins est d’amasser des richesses et de les transmettre à vos enfants, sans vous inquiéter de l’usage qu’ils en feront. Vous ne songez pas à leur trouver des maîtres qui leur enseignent la justice, si elle peut s’enseigner, ou qui les y exercent et les y forment convenablement, si l’étude et l’exercice peuvent la donner. Vous ne vous gouvernez pas mieux vous-mêmes. Et quand après vous être instruits dans les lettres, [407c] la musique et la gymnastique, ce que vous croyez être la parfaite éducation pour devenir vertueux, vous voyez que ni vous ni vos enfants n’en êtes pas moins ignorants sur l’usage de vos richesses, comment n’êtes-vous pas scandalisés de cette éducation et ne cherchez-vous pas des maîtres qui fassent disparaître cette fâcheuse dissonance ? Car c’est à cause de ce désordre et de cette insouciance, et non parce qu’un pied tombe assez mal en mesure avec la lyre, qu’il y a défaut d’accord et d’harmonie entre les frères et les frères, les États et les États, [407d] et que, dans leurs divisions et leurs guerres, ils souffrent autant de maux qu’ils s’en font mutuellement. Vous prétendez que l’injustice est volontaire et qu’elle ne vient pas du manque de lumières et de l’ignorance, et cependant vous soutenez que l’injustice est honteuse et haïe des dieux. Quel est donc l’homme qui choisirait volontairement un tel mal ? Celui qui se laisse vaincre par les plaisirs, me répondez-vous. Mais si la victoire dépend de la volonté, la défaite n’est-elle pas toujours involontaire ? La raison nous force donc de convenir que de toutes manières l’injustice est involontaire, [407e] et que nous devons, chacun de nous en particulier, et toutes les républiques en général, nous montrer moins négligents que nous ne le sommes aujourd’hui.