Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/981

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Quand je t’entends parler ainsi, Socrate, je t’admire, je t’aime et je te loue. J’éprouve le même sentiment quand tu ajoutes que ceux qui cultivent avec soin leur corps et négligent leur âme ne font pas autre chose que négliger ce qui commande et soigner ce qui doit obéir ; quand tu dis que celui qui ne connaît pas l’usage d’une chose fait mieux de ne pas s’en servir ; que celui qui ne connaît pas l’usage des yeux, des oreilles et des autres parties du corps, fait mieux de ne pas regarder, de ne pas écouter, et de ne tirer aucun service de ses membres que de s’en servir au hasard. [408a] Pour les arts, c’est la même chose : celui qui ne sait pas se servir de sa lyre ne sait pas davantage se servir de celle de son voisin ; et celui qui ignore l’usage de la lyre des autres n’est pas plus habile sur la sienne. Il en faut dire autant des autres instruments et de toutes choses. Tu terminais enfin par cette belle pensée : celui qui ne sait pas se servir de son âme doit la laisser inactive et ne pas vivre plutôt que de vivre abandonné à lui-même ; ou si c’est une nécessité de vivre, il doit se soumettre à un autre [408b] plutôt que d’agir à sa fantaisie, et, comme un bon nautonier, confier la conduite de sa barque à celui qui est habile dans la science de gouverner les hommes, cette science que tu appelles souvent la politique, Socrate, et qui, selon toi, est la même que celle de juger, la justice. Dans ces discours et tant d’autres par lesquels tu nous apprends que la vertu peut être enseignée, et que nous ne devons pas négliger l’étude [408c] de nous-mêmes, je n’ai jamais rien trouvé et sans doute je ne trouverai jamais rien à reprendre : je les crois bons pour nous exciter et très propres à nous faire sortir du sommeil qui nous tient engourdis. Je fis donc une grande attention, et dans le désir que j’avais d’en savoir davantage, j’interrogeai non