Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/997

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lors je pusse prendre part aux affaires, quand j’étais privé de mon sage ami, et que je voyais l’imprudent qui était resté entouré d’une foule d’hommes corrompus, et dominé par eux tandis qu’il croyait leur commander ? Dans de telles circonstances, quelle conduite fallait-il tenir ? N’est-ce pas celle que j’ai tenue ? Je devais me retirer [316e] entièrement des affaires publiques pour échapper à la calomnie des envieux, et travailler de tous mes efforts à te réconcilier avec Dion en faisant cesser la division qui vous tenait éloignés l’un de l’autre. Je te prends à témoin du zèle constant que j’ai mis dans cette entreprise. Enfin, nous convînmes que je retournerais [317a] dans ma patrie et que j’y resterais jusqu’à la fin de la guerre que tu avais commencée, mais qu’une fois la paix conclue je reviendrais avec Dion à Syracuse, quand tu nous appellerais. Voilà ce qui s’est passé pendant mon premier séjour à Syracuse jusqu’à mon retour en Grèce. Lorsque ensuite la paix fut conclue, tu m’écrivis de revenir, non pas avec Dion, comme nous en étions convenus, mais seul, en me disant que tu l’appellerais plus tard. Cela m’empêcha de venir, et j’encourus le blâme de Dion, qui croyait [317b] plus raisonnable de partir et d’obéir à tes ordres. Un an après tu m’envoyas une galère : elle m’apportait, de ta part, des lettres, dont le principal objet paraissait être de me persuader que si je venais près de toi, les affaires de Dion prendraient la tournure que je désirais, mais que si je refusais plus longtemps, elles étaient perdues sans retour. Je rougis de dire ici combien de lettres arrivèrent [317c] d’Italie et de Sicile, de toi et de tant d’autres en ton nom, adressées à je ne sais combien de mes parents et de mes amis, et toutes me pressant avec instance de céder à tes vœux et de partir. Tous mes amis, et Dion le premier, furent d’avis que je devais m’embarquer sans délai.