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48 CIIARMIDE

Le sujet mis en discussion dans le dialogue est la nature de la vertu appelée par les Grecs σωφροσύνη : mot que nous tra- duisons en français par sagesse, mais qui implique en grec certaines nuances que le français ne peut rendre avec une entière exactitude. Le mot σοιφροσύνη, en ce sens, appartient à la langue de la période attique : chez Homère (sous la forme σαοφροσύνη, assez rare d'ailleurs), il signifie uniquement le bon sens ; chez les Attiques, il désigne un ensemble de qua- lités intellectuelles et surtout morales qui correspondent à un certain équilibre de l'âme, à une possession de soi-même qui va de la simple dignité dans l'attitude extérieure (du comme il faut) jusqu'à la plus haute vertu. Le français sagesse a moins de souplesse dans son emploi courant. C'est ce qu'il ne faut pas perdre de vue pour comprendre les premières réponses de Gharmide, qui pourraient sans cela paraître plus naïves qu'elles ne le sont en réalité. Gharmide, comme le lui dit Socrate, « sait le grec » (έλλην^'ζει), et c'est à l'usage grec que se rapportent ces premières définitions, insuffisantes au point de vue philosophique, mais conformes à l'habitude du langage familier.

Gharmide lui-même est σώφρων, et c'est pour cela que Socrate l'examine sur le sujet de la σο)φροσύνη : qui est mieux désigné pour expliquer la nature d'une vertu que celui qui la possède ? Mais Gharmide n'arrive pas à en donner une bonne définition, et l'on voit ainsi la différence profonde qui sépare le bon sens instinctif de la science telle que l'entend Socrate.

Un moderne peut s'étonner que Gharmide soit présenté par Platon comme un exemplaire- type du σοκφρίυν. Celui qui fut du parti des Trente ne nous paraît pas avoir montré dans sa vie cette modération qui est à nos yeux un attribut de la sagesse et de l'équilibre moral. Faut-il croire que la σω-^^ίο- σύνη de Gharmide ait été limitée, pour Platon, à la période de sa jeunesse? Non. Rappelons-nous que Thucydide, dans le portrait qu'il fait d'Antiphon, le loue de son αρετή, c'est- à-dire de ses qualités morales, en dépit de son rôle dans la révolution des Quatre-Cents. Il est possible que Platon ait reconnu jusqu'au bout chez Gharmide des vertus privées qui lui permettaient, même après les événements de 4o3, de le présenter encore aux lecteurs comme un type du σιόφρων tel que le concevaient les Athéniens du iv^ siècle.

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