Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/123

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EUNOMIE. Vous .ne devez dire que la vérité. Il n’y a point d’excellente femme ; il en est de pires que d’autres, voilà tout.

MÉGADORE. Je le crois aussi, et ne m’aviserai jamais de batailler là-dessus avec vous, ma sœur.

EUNOMIE. De grâce, écoutez-moi.

MÉGADORE. Je suis tout à vous ; disposez de moi, commandez.

EUNOMIE. Je suis venue pour vous conseiller une chose qui, je pense, vous sera très-avantageuse.

MÉGADORE. Je vous reconnais bien là, ma sœur.

EUNOMIE. Cela vous plaît à dire.

MÉGADORE. Enfin, de quoi s’agit-il, ma sœur ?

EUNOMIE. Pour vous rendre heureux à jamais, et (que les dieux m’entendent !) pour vous voir père d’une nombreuse famille, je veux que vous preniez femme.

MÉGADORE. Ah ! c’est fait de moi !

EUNOMIE. Qu’avez-vous ?

MÉGADORE Ce que vous dites là. me bouleverse la cervelle ; quel coup de massue !

EUNOMIE. Eh ! suivez les conseils de votre sœur.

MÉGADORE. Sans doute, s’il m’en prend fantaisie.

EUNOMIE. C’est ce que vous pouvez faire de mieux.

MÉGADORE. Oui, que de crever avant de me marier. Cependant j’y consentirai à une condition ; trouvez-moi une femme que je puisse épouser demain et enterrer après-demain. Si cela vous va, soit, préparez la noce.

EUNOMIE. Je puis, mon frère, vous donner une femme richement dotée ; mais elle est plus que majeure : c’est une fille entre deux âges. Si vous le voulez, mon frère, je demanderai sa main pour vous.

MÉGADORE. Me permettez-vous une question ?

EUNOMIE. Je vous écoute.

MÉGADORE. Quand un homme est sur le retour et qu’il épouse une femme entre deux âges, si le hasard veut que le vieux engrosse la vieille, ne pensez-vous pas que le nom de l’enfant est tout trouvé et qu’il s’appellera Posthume ? Mais j’ai à cœur, ma chère sœur, de vous épargner ce soin et ces inquiétudes. Grâce aux dieux et à nos ancêtres, j’ai du bien à ma suffisance. Je me soucie peu de nos grandes dames, avec leur orgueil, - leurs dots magnifiques, leurs criailleries, leurs caprices, leurs chars d’ivoire, leurs manteaux de pourpre, et mille dépenses qui font du mari un esclave.

EUNOMIE. Alors, quelle est celle que vous voulez-épouser ?