Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/14

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merci, n’approche jamais : je ne comprendrais pas que pour quelques traits un peu trop libres, tolérables encore lorsqu’ils ne renferment aucune allusion au vice le plus honteux de l’antiquité, on vouât à l’oubli un des génies comiques les plus fortement trempés qui aient paru dans le monde.

Plaute est le miroir le plus fidèle de la société romaine dans l’antiquité. Qu’il ait emprunté le cadre de ses pièces tantôt à Ménandre, tantôt à d’autres comiques grecs dont il ne nous est rien resté, cela est incontestable, et lui-même le dit assez. Mais il a beau calquer son intrigue sur la comédie grecque, donner à ses personnages des noms et des costumes grecs, mettre en Grèce le lieu de la scène, ce sont des caractères romains qu’il trace, ce sont les mœurs romaines qu’il peint. Mille détails, et sur la vie intérieure des familles, et sur le rôle si considérable des courtisanes dans les anciens temps, et même sur la police municipale, ne nous sont connus que par lui. Supprimez les comédies de Plaute, et du même coup vous rejetterez dans l’ombre bien des traits de la vieille société romaine. À ce titre seul Plaute mérite d’être lu ; il mérite par conséquent d’être traduit, d’être mis à la portée de ceux qui ne peuvent connaître la littérature latine que par une interprétation française.

Mon intention n’est pas d’étudier ici le génie de Plaute, d’analyser ses procédés, ses moyens comiques, de le comparer avec Térence, qui lui est si inférieur en verve et en originalité, ou avec notre Molière, qui lui a emprunté tant de choses, mais qui lui est si supérieur à tant d’égards. Une pareille étude, pour être intéressante, devrait nécessairement être complète ; et dans ces conditions, je n’ai ni l’espace ni le talent nécessaires pour l’aborder. J’ai voulu simplement traduire les comédies de Plaute, mais les traduire fidèlement, en leur conservant autant qu’il est possible leur physionomie, leur ton, leur allure. Cette tâche était déjà bien assez difficile et assez délicate, sans prétendre y joindre encore celle de critique.

Je parlerai peu de ma traduction : ce n’est pas à moi