Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/225

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HÉGION. Parle hardiment.

TYNDARE. J’ai été libre comme l’était votre fils. A moi comme à lui, l’ennemi a ravi la liberté. Il est assurément un dieu qui entend et voit tout ce que nous faisons : selon que vous m’aurez traité ici, il traitera là-bas votre fils. Si vous me faites du bien, vous en serez récompensé ; si vous agissez mal, attendez-vous à la pareille. Mon père me regrette autant que vous pouvez regretter votre enfant.

HÉGION. Je le sais ; mais enfin conviens-tu de tout ce que celui-ci (montrant Philocrate) vient de m’avouer ?

TYNDARE. J’avoue que mon père est puissamment riche et que j’appartiens à une illustre famille ; mais, de grâce, Hégion, que mon opulence n’excite pas votre cupidité ; car mon père, quoique je sois son fils unique, aimerait mieux me laisser en servitude chez vous, bien nourri et bien vêtu, que de me voir chez lui honteusement réduit à la mendicité.

HÉGION. Grâce aux dieux et à mes ancêtres, j’ai du bien à ma suffisance. Je ne pense pas que toute espèce de gain soit toujours profitable à l’homme. Le trafic, je le sais, a enrichi bien des gens ; mais quelquefois il vaut mieux perdre que gagner. Je méprise l’or, c’est trop souvent un mauvais conseiller. Mais écoute-moi, afin que tu saches bien aussi ce que je pense. Mon fils est captif et esclave chez vous, en Élide ; si tu me le rends, je ne te demande pas une obole, et je vous laisserai partir, celui-ci (montrant Philocrate) et toi ; sinon, tu ne t’en iras pas.

PHILOCRATE. Votre proposition est très-bonne, très-juste, et vous êtes le meilleur des hommes. Mais votre fils est-il en servitude chez un particulier, ou appartient-il à l’État ?

HÉGION. Il est esclave du médecin Ménarque.

PHILOCRATE. Bon ! c’est notre client. Cela coulera comme l’eau d’un toit.

HÉGION. Fais racheter mon fils.

TYNDARE. Volontiers, mais aune condition, Hégion.

HÉGION. Tout ce que tu voudras, pourvu que cela ne me lèse point.

TYNDARE. Écoutez donc. Je ne demande pas que vous me laissiez partir, tant que votre fils ne sera pas de retour ici ; mais, je vous en prie, donnez-moi Tyndare après estimation faite ; je l’enverrai h mon père, pour lui dire de racheter votre fils.

HÉGION. Non, j’en enverrai plutôt un autre, quand il y aura