Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/237

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TYNDARE. Je vous appartiens, vous pouvez même ordonner qu’on les coupe. Mais quelle est la cause de cette colère ?

HÉGION. Autant qu’il a été en toi, scélérat, avec tes ruses et tes mensonges, tu as ruiné ma fortune, dilapidé mon bien, bouleversé et déconcerté tous mes plans. Par tes fourberies, tu m’as enlevé Philocrate. J’ai cru qu’il était l’esclave et toi l’homme libre. Vous l’affirmiez et vous aviez changé de nom l’un avec l’autre.

TYNDARE. Je l’avoue, tout s’est passé comme vous le dites ; c’est par mes soins, grâce à ma finesse et à mes stratagèmes, qu’il a pu s’éloigner de chez vous. Mais, je vous prie, est-ce donc pour cela que vous êtes en si grand courroux contre moi ?

HÉGION. Tu expieras ton forfait dans les tortures.

TYNDARE. Pourvu que je ne meure point coupable, que m’importe ? Si je laisse ici mes os et que Philocrate ne revienne pas comme il l’a promis, eh bien, j’aurai fait en mourant une action digne de mémoire, j’aurai arraché mon maître à la servitude et à ses ennemis, je l’aurai fait rentrer libre dans sa patrie, chez son père, et j’aurai mieux aimé exposer mes jours que de le voir périr.

HÉGION. Va donc recueillir ta gloire sur les bords de l’Achéron.

TYNDARE. Qui meurt pour la vertu ne périt point.

HÉGION. Quand je t’aurai fait subir les plus affreux tourments et que, pour prix de tes perfidies, je te livrerai à la mort, qu’on dise que tu es mort ou que tu as péri, que m’importe ? pourvu que tu sois mort, on peut dire que tu es encore vivant.

TYNDARE. Si vous faites cela, il vous en coûtera cher, quand Philocrate sera de retour, car je suis certain qu’il reviendra.

ARISTOPHONTE. Dieux immortels ! je comprends, je vois ce qui en est. Mon ami Philocrate est en liberté, il est chez son père, dans sa patrie. Tant mieux ! car il n’est personne dont je souhaite plus ardemment le bonheur. Mais je ne me console pas d’avoir rendu un si mauvais service à ce pauvre homme qui est maintenant dans les fers à cause de moi et de ma langue indiscrète.

HÉGION, à Tyndare. T’avais-je défendu de me faire des mensonges ?

TYNDARE. Oui.

HÉGION. Pourquoi donc as-tu osé mentir ?

TYNDARE. Parce que la vérité était nuisible à celui que je