Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/244

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grâce, Hégion, et veuille bien m’honorer toujours de son surnom, aussi vrai que je l’ai vu.

HÉGION. Mon fils ?

ERGASILE. Votre fils et mon bon génie.

HÉGION. Et le prisonnier d’Élide ?

ERGASILE. Oui, par Apollon.

HÉGION. Et mon esclave Stalagme, celui qui m’a enlevé mon enfant ?

ERGASILE. Oui, par Cora.

HÉGION. Tout à l’heure ?

ERGASILE. Oui, par Préneste.

HÉGION. Il est arrivé ?

ERGASILE. Oui, par Signie.

HÉGION. Bien vrai ?

ERGASILE. Oui, par Frosinone.

HÉGION. Vous en êtes certain ?

ERGASILE. Oui, par Alatrie.

HÉGION. Pourquoi jurer par des noms de villes barbares ?

ERGASILE. Parce qu’ils sont aussi rudes au gosier que les mets dont vous me parliez tantôt.

HÉGION. Que la peste vous étouffe !

ERGASILE. Fort bien, puisque vous ne voulez pas me croire, quand je vous parle sérieusement. Mais, dites-moi, de quelle nation était ce Stalagme, quand il a pris la clef des champs ?

HÉGION. Il était Sicilien.

ERGASILE. Eh bien, il ne l’est plus, il est devenu Boïen[1], et caresse sa Boïenne ; on la lui a fait épouser, je pense, pour qu’il ait des enfants à lui.

HÉGION. Répondez, m’avez-vous parlé en toute sincérité ?

ERGASILE. Absolument.

HÉGION. Dieux immortels, si la nouvelle est vraie, je renais à la vie !

ERGASILE. Pouvez-vous conserver des doutes, quand je vous fais des serments si solennels ? Enfin, Hégion, puisque vous croyez si peu à ma parole, allez voir au port.

HÉGION. C’est bien ce que je vais faire ; vous cependant, entrez et faites les préparatifs. Prenez, demandez, disposez de tout, je vous nomme mon maître d’hôtel.

ERGASILE. Et, si je n’ai pas été bon prophète, vous pourrez me peigner à coups de trique.

  1. Jeu de mots intraduisible sur Boius, Boïen (les Boïens étaient un peuple de la Gaule), ou Boia, ville du Péloponèse, et boia, carcan.