Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/262

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CLÉOSTRATE. Eh ! il veut, malgré que j’en aie, donner à son fermier une jeune servante qui est à moi, que j’ai élevée à mes frais. C’est que lui-même en est amoureux.

MYRRHINE. Taisez-vous, de grâce.

CLÉOSTRATE. Ici, je puis parler, nous sommes entre nous.

MYRRHINE. C’est vrai. Et d’où vous est venue cette servante ? car une honnête femme ne doit rien avoir à elle que son mari ne le sache ; et si elle a quelque chose, c’est qu’elle le lui a dérobé ou qu’elle l’a gagné avec un galant. Tout ce que vous avez appartient à votre mari ; c’est mon opinion.

CLÉOSTRATE. Comme vous prenez parti contre une amie !

MYRRHINE. Taisez-vous, sotte, et écoutez-moi : ne lui tenez pas tête ; laissez-le aimer et faire tout ce qu’il voudra, puisque vous ne manquez de rien dans votre ménage.

CLÉOSTRATE. Êtes-vous folle ? vous parlez contre votre propre intérêt.

MYRRHINE. Eh ! pauvre tête, évitez toujours d’entendre cette parole de votre mari.

CLÉOSTRATE. Quelle parole ?

MYRRHINE. « Sors d’ici, femme. »

CLÉOSTRATE. Chut ! taisez-vous.

MYRRHINE. Qu’y a-t-il ?

CLÉOSTRATE. Chut donc !

MYRRHINE. Qui voyez-vous ?

CLÉOSTRATE. Mon mari ; le voici qui vient. Rentrez, vite, je vous en prie.

MYRRHINE. Soit, je m’en vais.

CLÉOSTRATE. Dès que nous aurons le temps, je reviendrai causer avec vous ; mais, adieu.

MYRRHINE. Adieu.


SCÈNE III. — STALINON, CLÉOSTRATE.

STALINON, sans voir Cléostrate. Oui, l’amour est au-dessus de tout, il n’est pas de délices qu’il ne surpasse ; on ne saurait rien imaginer de plus piquant, de plus savoureux. Ces badauds de cuisiniers, qui emploient tant d’assaisonnements, ne font aucun usage du meilleur de tous. Ce que l’amour assaisonnera sera du goût de tout le monde, j’en réponds. Point de sel, point de saveur là où il n’entre pas un grain d’amour. Il donne au fiel amer les douceurs du miel ; le caractère morose, il le change en gaieté et bonne humeur. C’est d’après mon expérience que j’en parle, et