Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/329

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Vous êtes sourds, verrous maudits !
Voyez comme ils sont immobiles.
J’ai beau faire, ils sont engourdis.
Mes vœux, mes chants, sont inutiles.
Méchants verrous,
Ouvrez-vous !

(À Palinure.) Paix, paix !

PALINURE. Eh ! l’on se tait de reste : qu’avez-vous ?

PHÉDROME. J’entends du bruit. Enfin, grâce aux dieux, les verrous cèdent à ma prière.


SCÈNE III. — LA VIEILLE, PLANÉSIE, PHÉDROME, PALINURE.

LA VIEILLE. Sortez doucement ; prenez garde que la porte ne fasse du bruit, que les gonds ne crient ; il ne faut pas, ma petite Planésie, que le maître s’aperçoive de ce que nous faisons. Attendez, que je lui verse un peu d’eau.

PALINURE, à Phédrome. Voyez comme cette vieille, avec sa tête branlante, entend la médecine ; elle sait fort bien boire le vin elle-même, mais la porte, elle ne lui donne que de l’eau à boire.

PLANÉSIE. Où es-tu, toi qui m’as citée au nom de Vénus ? où es-tu, toi qui m’as envoyé une assignation amoureuse ? me voici. Je comparais devant toi ; il est juste qu’à ton tour tu répondes à ma sommation.

PHÉDROME. Je suis présent ; si je faisais défaut, je consentirais à être puni, ma douce amie.

PLANÉSIE. Chère âme, si tu m’aimes, convient-il de te tenir si loin de moi ?

PHÉDROME. Palinure, Palinure !

PALINURE. Qu’est-ce ? pourquoi appelez-vous Palinure ?

PHÉDROME. Qu’elle est charmante !

PALINURE. Trop charmante.

PHÉDROME. Je suis un dieu.

PALINURE. Non, mais un homme qui ne vaut pas cher.

PHÉDROME. As-tu jamais vu, verras-tu jamais quelqu’un qui puisse plus justement se comparer aux dieux ?

PALINURE. Je vois que vous êtes malade, et cela m’afflige.

PHÉDROME. Tu es un impertinent, tais-toi.

PALINURE. Il est son propre bourreau, l’homme qui voit l’objet aimé et qui n’en jouit pas à l’occasion.