Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/330

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PHÉDROME. Il a raison de me gronder : assurément, depuis bien longtemps, il n’est rien que je désire avec tant d’ardeur.

PLANÉSIE. Eh bien, prends-moi donc, embrasse-moi.

PHÉDROME. Ah ! c’est là ce qui m’attache à la vie. Puisque ton maître te refuse à moi, je te possède à son insu.

PLANÉSIE. Il me refuse, mais il ne peut pas me refuser, il ne me refusera pas à toi, à moins que ma mort ne nous sépare.

PALINURE, à part. Oh ! ma foi, je ne peux m’empêcher de blâmer mon maître : il est bon d’aimer un peu, raisonnablement ; aimer avec passion, cela ne vaut déjà plus rien ; mais aimer comme un vrai fou… c’est là ce que fait mon maître.

PHÉDROME. Aux rois leurs États, aux riches leurs richesses, les honneurs, les grandeurs, les combats, les batailles ; qu’ils gardent tout cela, c’est à eux, pourvu qu’ils ne m’envient pas mon bonheur.

PALINURE. Ah ça, est-ce que vous avez fait vœu de passer une nuit blanche en l’honneur de Vénus ? En vérité, il va bientôt faire jour.

PHÉDROME. Tais-toi.

PALINURE. Que je me taise ? alors, venez dormir.

PHÉDROME. Je dors ; ne me dérange pas avec tes cris.

PALINURE. Vous êtes ma foi bien éveillé.

PHÉDROME. Je dors à ma manière ; c’est là mon sommeil, à moi.

PALINURE, à Planésie. Savez-vous, ma petite mère, qu’il n’est pas beau de tourmenter quelqu’un qui ne l’a pas mérité ?

PLANÉSIE. Vous vous fâcheriez, si quand vous mangez il vous faisait lever de table.

PALINURE. C’en est fait, je vois qu’ils sont aussi amoureux, aussi fous l’un que l’autre. Voyez comme ils s’en donnent ! ils ne peuvent s’embrasser d’assez près. Vous séparerez-vous enfin ?

PLANÉSIE. Il n’est pas pour l’homme de bonheur durable. Il faut que cet ennuyeux personnage vienne troubler nos plaisirs.

PALINURE. Qu’est-ce à dire, impertinente ? Voyez ce petit masque d’ivrognesse, avec ses yeux de chouette, qui vient m’appeler un ennuyeux personnage ! Par exemple !

PHÉDROME. Tu insultes ma Vénus ! Un maraud qu’on régale à coups de fouet se permettre un pareil langage ! Ah ! par Hercule, voilà des mots qui te coûteront cher. Tiens, voilà pour tes injures ; cela t’apprendra à tenir ta langue.