Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/41

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



AMPHITRYON. Quel animal !

SOSIE. Je vous l’ai déjà répété dix fois. Je suis à la maison, vous dis-je ; m’entendez-vous ? et je suis auprès de vous, moi, le même Sosie. Est-ce clair ? est-ce net ? Que vous en semble, mon maître ?

AMPHITRYON. Éloigne-toi !

SOSIE. Pourquoi donc ?

AMPHITRYON. Tu sens la peste.

SOSIE. Comment cela, Amphitryon ? En vérité, et l’esprit et le corps, tout chez moi se porte à merveille.

AMPHITRYON. Quand tu auras reçu ce que tu mérites, tu ne te porteras peut-être pas si bien ; patience, que je rentre seulement à la maison, et tu auras de quoi pleurer. Allons, suivez-moi, conteur de balivernes : ce n’est pas assez d’avoir négligé la commission de son maître, il faut encore venir se moquer de lui en face. Tu me racontes, bourreau, une histoire impossible ; qui a jamais ouï parler de pareille aventure ? mais j’aurai soin que tous ces beaux mensonges retombent aujourd’hui sur ton dos.

SOSIE. Amphitryon, c’est pour un bon serviteur la pire de toutes les misères, de dire la vérité à son maître, et de voir cette vérité étouffée par la force.

AMPHITRYON. Mais, misérable (car je veux bien te permettre de raisonner avec moi), comment peut-il se faire que tu sois en même temps ici et à la maison ? Réponds.

SOSIE. Assurément je suis ici et là ; qu’on s’en étonne, soit : cela ne me parait pas moins surprenant qu’à vous-même.

AMPHITRYON. Comment cela ?

SOSIE. Je le répète, je n’en suis pas moins surpris que vous. De par tous les dieux ! je ne voulais pas d’abord m’en rapporter au Sosie que voici ; mais Sosie, l’autre moi, m’a bien forcé de l’en croire. Il m’a raconté, de point en point, tout ce qui s’est fait pendant notre expédition ; il m’a volé ma figure avec mon nom ; enfin deux gouttes de lait ne sont pas plus ressemblantes. Quand vous m'avez envoyé chez nous, du port, il ne faisait pas jour encore…

AMPHITRYON. Eh bien ?

SOSIE. J’étais en sentinelle à la porte longtemps avant d’être arrivé.

AMPHITRYON. Quels contes ! Es-tu dans ton bon sens ?

SOSIE. Parfaitement, comme vous voyez.

AMPHITRYON. Depuis que le drôle m’a quitté, il faut qu’une méchante main lui ait appliqué je ne sais quel maléfice.