Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/420

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MÉNECHME. Eh ! vivez séparée, j’y consens, jusqu’à la fin du règne de Jupiter.

LA FEMME, montrant la mante. Vous me souteniez tantôt que vous ne l’aviez pas prise, et vous ne rougissez pas de la tenir devant mes yeux ?

MÉNECHME. Holà, femme ! vous êtes une vilaine et une effrontée coquine. Vous osez dire que je vous ai pris cette mante, quand une autre vient de me ia donner pour la faire réparer ?

LA FEMME. Oh ! par ma foi, je vais faire venir mon père et lui raconter tous vos déportements… Décion, va-t’en trouver mon père, dis-lui qu’il vienne avec toi, qu’il n’y a pas un moment à perdre… je lui découvrirai vos infamies.

MÉNECHME. Êtes-vous folle ? Quelles infamies ?

LA FEMME. De voler à votre femme sa mante et ses bijoux pour les porter à une maitresse. N’est-ce pas cela ?

MÉNECHME. En vérité., femme, enseignez-moi, si vous le savez, quelque chose à boire pour que je puisse supporter vos violences. Je ne sais pour qui vous me prenez ; mais moi je ne vous connais ni plus ni moins que Parthaon[1].

LA FEMME. Si vous vous moquez de moi, par Pollux, vous ne vous moquerez du moins pas de mon père. Le voici qui arrive ; retournez-vous : le connaissez-vous ?

MÉNECHME. Comme je connais Calchas : je l’ai déjà vu, le jour où je vous ai vue aussi pour la première fois.

LA FEMME. Vous ne me connaissez pas, dites-vous ? vous ne connaissez pas mon père ?

MÉNECHME. Par Hercule, j’en dirai encore tout autant si vous voulez amener votre aïeul.

LA FEMME. Par Castor ! vous voilà bien comme toujours !


SCÈNE II. — LE VIEILLARD, LA FEMME, MÉNECHME SOSICLÈS.

LE VIEILLARD. Autant que mon âge me le permet et que la circonstance le demande, je hâterai le pas, je tâcherai de faire diligence. Mais je m’aperçois trop que ce n’est pas chose facile. L’agilité m’abandonne, la vieillesse m’accable, mon corps est surchargé, mes forces me trahissent. Pour les épaules d’un

  1. . Roi d’Étolie, grand-père de Déjanire. c’est comme l’on dit chez nous, familièrement : Je ne le connais ni d’Ève ni d’Adam.