Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/421

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homme, l’âge est une triste marchandise ; il apporte tant d’infirmités! Si je les voulais passer toutes en revue, je n’en finirais pas. Mais voici une affaire qui me pèse fort sur le cœur: pourquoi ma fille me prie-t-elle ainsi de venir sur l’heure ? Elle ne me fait pas dire de quoi il s’agit, ce qu’elle veut, pour quel motif elle m’appelle ; mais je sais bien à peu près de quoi il retourne. Elle aura eu quelque dispute avec son mari. C’est ce qui arrive à ces femmes qui veulent être les maitresses, parce qu’elles sont fières de leur grosse dot. Et ces maris n’ont pas toujours la conscience bien nette. Toutefois, ily a des choses sur lesquelles, jusqu’à un certain point, la femme doit se résigner. Par Pollux, une fille n’appelle pas son père à moins qu’il n’y ait quelque gros péché ou quelque bonne querelle. Enfin, je vais savoir ce qu’il ’en est ; je l’aperçois devant la maison et son mari aussi, qui a l’air fâché. C’est bien ce dont je me doutais. Allons, il faut lui parler.

LA FEMME. Je vais au-devant de lui. Salut mille fois, mon cher père.

LE VIEILLARD. Bonjour. Tout va-t-il bien ? Pourquoi me fais-tu venir ? Pourquoi es-tu fâchée ? Pourquoi celui-ci te tourne-t-il le dos tout en colère ? Vous avez eu ensemble quelque escarmouche. Parle, et qu’on dise en deux mots, sans verbiage, lequel des deux a tort.

LA FEMME. Pour moi, je ne lui ai rien fait, et pour commencer, vous pouvez être sûr de cela, mon père. Mais je ne puis vivre ici, je n’y puis durer à aucun prix. Ainsi emmenez-moi de cette maison.

LE VIEILLARD. Qu’est-ce à dire ?

LA FEMME. On m’outrage, mon père.

LE VIEILLARD. Qui donc ?

LA FEMME. Celui à qui vous m’avez confiée, mon mari.

LE VIEILLARD. Encore une scène ! Combien de fois ne t’ai-je pas dit de faire en sorte que vous ne veniez ni l’un ni l’autre vous plaindre auprès de moi ?

LA FEMME. Eh ! mon père, puis-je faire autrement ?

LE VIEILLARD. Tu m’interroges ?

LA FEMME. Si vous voulez bien le permettre.

LE VIEILLARD. Combien de fois ne t’ai-je pas recommandé d’être soumise à ton mari ? N’espionne pas ce qu’il fait, où il va, ce qui l’occupe.

LA FEMME. Mais il aime une drôlesse, ici, dans le voisinage.