Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/428

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pas été un seul jour malade. Je ne suis pas fou, je ne cherche noise ni querelle à personne. Je suis dans mon bon sens, et je vois les autres sages ; je reconnais les gens, je leur parle. Mais ceux qui prétendent que je déraisonne, n’ont-ils pas eux-mêmes perdu la tête ? Que faire à présent ? je voudrais aller chez moi, mais ma femme me le défend. Ici (montrant la maison d'Érotie) personne ne veut me recevoir. Tout va de mal en pis. Restons donc là jusqu’à la nuit ; à la fin ou me laissera rentrer, je pense.


SCÈNE VIII. — MESSÉNION.

C’est là qu’on reconnaît un bon serviteur : soigner le bien de son maître, voir, disposer, penser, faire tout en l’absence du maître avec autant de zèle, plus encore, que s’il était là. S’il a le cœur bien placé, il songe plutôt à son dos qu’à sa bouche, à ses jambes qu’à son ventre. Il n’oublie pas quelles récompenses donnent les maîtres à ces vauriens, à ces lâches, à ces fripons : le fouet, les fers, la meule, du travail à n’en pouvoir plus, la faim, un froid rigoureux, voilà le prix de la fainéantise. Je crains ces souffrances comme la mort ; aussi je suis bien décidé à être un bon plutôt qu’un mauvais sujet : je me résigne sans trop de peine à recevoir des ordres et je hais les coups, l’aime mieux manger le blé moulu que de le moudre pour les autres ; j’exécute donc de mon mieux les commandements de mon maître, je le sers sagement, et je m’en trouve bien. Que les autres fassent ce qu’ils croient le meilleur pour eux ; quant à moi, je serai comme je dois être ; j’ai toujours la crainte présente, pour ne pas me mettre en faute ; en tout temps je suis sous la main de mon maître. Un serviteur utile est celui qui ne fait rien de mal et qui craint toujours ; ceux qui ne craignent rien tremblent plus tard du châtiment qu’ils ont mérité. Je n’aurai pas longtemps à avoir peur ; car le jour approche où mon maître récompensera mes services. J’ai grand soin de ne pas compromettre mes épaules. J’ai commencé par installer à l’auberge nos gens et nos bagages, comme il l’avait dit, et je viens au-devant de lui : frappons, qu’il sache que je suis là. Tâchons de le tirer sain et sauf de ce coupe-gorge. Mais j’ai bien peur d’arriver trop tard, après le combat fini.