Page:Pline l'ancien - Histoire naturelle, Littré, T01.djvu/244

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qui passent pour les plus exacts, comptent 1,100,000 pas de l’Océan à la grande Carthage ; de là à la branche Canopique du Nil, qui est la plus voisine, 1,528,000 ; Isidore, de Tingis à Canope, 3,599,000 pas (10) ; Artémidore, 40,000 de moins qu’Isidore.

1 VII. (vii.) Ces mers ne renferment pas un grand nombre d’îles : la plus célèbre est Meninx, de 25,000 pas de long, de 23,000 de large, appelée par Ératosthène Lotophagitis ; elle a deux villes : Meninx du côté de l’Afrique, et Thoar de l’autre ; elle-même est à 200 pas du promontoire de droite de la petite Syrte. À 100,000 pas de cette île, en face du promontoire gauche, est Cercina, avec une ville libre de même nom ; elle est longue de 25,000 pas ; là où elle est le plus large, elle n’a que la moitié de cette étendue, et à l’extrémité la largeur n’en est pas de plus de 5,000 pas ; du côté de 2 Carthage elle est adjacente à une toute petite île qu’on appelle Cercinitis, et qui y est jointe par un pont. À environ 50,000 pas de ces deux îles est Lopadusa, longue de 6,000 ; puis Gaulos et Galata (iii, 146), dont la terre tue le scorpion, animal dangereux de l’Afrique ; on dit aussi qu’il meurt à Clupée, en face de laquelle est l’île Cosyra, avec une ville. Vis-à-vis le golfe de Carthage sont les deux autels d’Ægimore, moins îles que rochers situés à peu près entre la Sicile et la Sardaigne : des auteurs prétendent que ces îles, habitées jadis, se sont enfoncées dans la mer.

1 VIII. (viii.) Dans l’intérieur de l’Afrique, du côté du midi, au-dessus des Gétules, et après avoir traversé des déserts, on trouve d’abord les Libyégyptiens, puis les Leucéthiopiens ; plus loin, des nations éthiopiennes : les Nigrites, ainsi nommés du fleuve dont nous avons parlé (v, 4) ; les Gymnètes, les Pharusiens qui atteignent l’Océan, et les Pérorses que nous avons nommés (v, 1, 10), sur les confins de la Mauritanie. Tous ces peuples sont bornés du côté de l’orient par de vastes solitudes, jusqu’aux Garamantes, aux Augyles et aux Troglodytes. Rien n’est plus vrai que l’opinion de ceux qui placent au delà des déserts d’Afrique deux Éthiopies, et, avant tous, d’Homère (Od., I, 23), qui divise en deux les Éthiopiens, ceux de 2 l’orient et ceux du couchant. Le Nigris a la même nature que le Nil ; il produit le roseau, le papyrus et les mêmes animaux ; la crue s’en fait aux mêmes époques ; il a sa source entre les Éthiopiens Taréléens et les Œcaliques. La ville de ceux-ci, Mavis, a été placée par quelques-uns dans les déserts ; et à côté les Atlantes, les Ægipans, demi-bêtes, les Blemmyes, les Gamphasantes, les Satyres, les Himantopodes. Les Atlantes, si nous ajoutons foi aux récits, ont perdu les caractères de l’humanité ; ils n’ont point entre eux de noms qui les distinguent ; ils regardent le soleil levant et couchant en prononçant des imprécations terribles, comme contre un astre funeste à eux et à leurs champs ; ils n’ont pas de songes, comme en ont 3 les autres hommes. Les Troglodytes creusent des cavernes, ce sont leurs maisons ; la chair des serpents leur sert de nourriture ; ils ont un grincement, point de voix, et ils sont privés du commerce de la parole. Les Garamantes ne contractent point de mariages, et les femmes sont communes. Les Augyles n’honorent que les dieux infernaux. Les Gamphasantes, nus, ignorants des combats, ne se mêlent jamais aux étrangers. On rapporte que les Blemmyes sont sans tête, et qu’ils ont la bou-