Page:Plotin - Ennéades, t. III.djvu/609

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l’Essence. Ce n’est donc point à cette espèce d’un qu’il faut appliquer notre pensée ; nous croyons cependant que le point et la monade ont de l’analogie avec l’Un[1] par leur simplicité ainsi que par l’absence de toute multiplicité et de toute division.

VI. En quel sens disons-nous donc l’Un, et comment pouvons-nous le concevoir ? — Reconnaissons que l’Un est une unité beaucoup plus parfaite que le point et la monade : car dans ceux-ci, faisant abstraction de la grandeur [géométrique] et de la pluralité numérique, on s’arrête à ce qu’il a de plus petit et on se repose dans une chose indivisible, il est vrai, mais qui existait déjà dans un être divisible, dans un sujet autre qu’elle-même ; mais l’Un n’est ni dans un sujet autre que lui-même, ni dans une chose divisible. S’il est indivisible, ce n’est pas non plus de la même manière que ce qu’il y a de plus petit ; tout au contraire, il est ce qu’il y a de plus grand, non par la grandeur [géométrique], mais par la puissance ; n’ayant pas de grandeur [géométrique], il est indivisible dans sa puissance : car les êtres qui sont au-dessous de lui sont indivisibles dans leurs puissances, et non dans leur masse [puisqu’ils sont incorporels]. Il faut admettre également que l’Un est infini, non comme le serait une masse ou une grandeur qu’on ne pourrait parcourir, mais par l’incommensurabilité de sa puissance. Lors même que vous le concevez comme Intelligence ou comme Dieu, il est encore au-dessus. Lorsque, par la pensée, vous vous le représentez comme l’unité la plus parfaite, il est au-dessus encore ; vous tâchez de vous former une idée de Dieu en vous élevant à ce qu’il y a de plus un dans votre intelligence [mais il est encore plus simple] : car il demeure en lui-même et il n’y a en lui rien de contingent.

  1. Kirchhoff lit ταῦτα ὁμοιῶσαι ἐϰεῖνοις (tauta homoiôsai ekeinois), au lieu, de ταῦτα ὁμοίως ἀεὶ ἐϰεῖνοις (tauta homoios aei ekeinois). Cette correction ne change pas le sens.