Page:Plutarque - Vies, traduction Ricard, 1829, tome 13.djvu/40

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Sura, on raconte que pendant qu'il était questeur de Sylla, ayant consumé en folles dépenses une grande partie des deniers publics, Sylla, irrité de ce péculat, lui demanda compte, en plein sénat, de son administration. Lentulus, s'avançant d'un air d'indifférence et de dédain, dit qu'il n'avait pas de compte à rendre, mais qu'il présentait sa jambe : ce que font les enfants, quand ils ont commis quelque faute en jouant à la paume. Cette réponse lui fit donner le surnom de Sura, qui, en latin, veut dire jambe. Cité un jour en justice, il corrompit quelques-uns de ses juges, et ne fut absous qu'à la pluralité de deux voix : «J'ai perdu, dit-il, l'argent que j'ai donné à l'un des juges qui m'ont absous, car il me suffisait de l'être à la majorité d'une voix.

Avec un tel caractère, Lentulus fut bientôt ébranlé par Catilina ; et des charlatans, de faux devins, achevèrent de le corrompre par les fausses espérances dont ils le berçaient. Ils lui débitaient des prédictions des livres sibyllins, et de prétendus oracles qu'ils avaient forgés eux-mêmes, et qui annonçaient qu'il était dans les destinées de Rome d'avoir trois Cornélius pour maîtres : «Deux, lui disaient-ils,