Page:Plutarque - Vies, traduction Ricard, 1829, tome 13.djvu/44

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la porte du sénat, Cicéron sortit du temple, et fit part à tous les citoyens de ce qui s'était passé. Le peuple le reconduisit jusqu'à la maison voisine d'un de ses amis, parce qu'il avait laissé la sienne aux femmes romaines, pour y célébrer les mystères secrets de la déesse qu'on appelle à Rome la Bonne-Déesse, et à qui les Grecs donnent le nom de Gynécée ; car tous les ans la femme ou la mère du consul font à cette divinité, dans la maison du premier magistrat, un sacrifice solennel, en présence des vestales.

Cicéron étant entré dans la maison de son ami, et n'ayant avec lui que très peu de personnes, réfléchit sur la conduite qu'il devait tenir envers les conjurés. La douceur de son caractère, la crainte qu'on ne l'accusât d'avoir abusé de son pouvoir, en punissant, avec la dernière rigueur, des hommes d'une naissance si illustre, et qui avaient dans Rome des amis puissants, le faisaient balancer à leur infliger la peine que méritait l'énormité de leurs crimes : d'un autre côté, en les traitant avec douceur, il frémissait du danger auquel la ville serait exposée ; les conjurés, comptant pour peu d'avoir évité la mort, s'irriteraient de la peine plus légère qu'on leur ferait subir ; et ajoutant à leur ancienne méchanceté ce nouveau ressentiment, ils se porteraient aux derniers excès de l'audace :