Page:Plutarque - Vies des hommes illustres, Charpentier, 1853, Tome 1.djvu/371

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Damon était un sophiste fort habile, qui se couvrait du titre de musicien, pour cacher au vulgaire son véritable talent. Il s’attacha à Périclès comme les maîtres d’escrime et les frotteurs d’huile s’attachent à l’athlète ; mais c’était pour le former à l’escrime politique. On s’aperçut, au reste, que la lyre de Damon n’était qu’un prétexte imposteur, sous lequel il cachait ses machinations sourdes et son dévouement à la tyrannie ; et, banni par l’ostracisme, Damon devint l’objet des sarcasmes des poëtes comiques. Platon[1], dans une de ses pièces, lui fait adresser cette question, par un de ses interlocuteurs :

Dis-moi d’abord, je t’en prie, n’est-ce pas toi,
Ô Chiron ! qui as fait, comme on le dit, l’éducation de Périclès ?


Périclès assista aussi aux leçons de Zénon d’Élée, physicien de l’école de Parménide. Zénon portait, dans la controverse, une force de raisonnement, ou plutôt une subtilité d’arguties, qui embarrassait tous ses adversaires ; et c’est pourquoi Timon le Phliasien[2]) a dit de lui :

L’homme aux deux langues, puissance infaillible,
Zénon, vainqueur dans toute dispute.


Mais le philosophe dont Périclès fréquenta le plus la société, celui qui lui donna cette hauteur de ton et de sentiments un peu trop fière pour un État démocratique, cette noblesse, cette dignité dans les manières, ce fut Anaxagore de Clazomène, que ses contemporains nommaient l’Esprit, soit par admiration pour sa pénétration surhumaine et pour sa profonde intelligence de la nature, soit parce que c’est lui qui le premier attribua la formation et l’ordre du monde, non plus au hasard ni à la néces-

  1. Poëte comique de la même époque, déjà cité par Plutarque.
  2. C’est-à-dire de Phlionte ; on le nomme aussi le sillographe, à cause du titre qu’il avait donné à ses satires.