Page:Plutarque - Vies des hommes illustres, Charpentier, 1853, Tome 1.djvu/372

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


sité, mais à une intelligence pure et sans mélange, laquelle tira du sein du chaos et réunit entre elles toutes les substances homogènes[1].

Périclès avait donc pour Anaxagore une considération toute particulière : il puisa, dans ses conversations, la connaissance des phénomènes de l’air et de toute la nature ; et c’est de là que lui vinrent l’élévation et la gravité de son esprit, son élocution noble et exempte des affectations de la tribune et de la bassesse du style populaire, et en même temps la sévérité de ses traits, où jamais ne parut le sourire, la tranquillité de sa démarche, le ton de sa voix, toujours soutenu et toujours égal, la simplicité de son port, de son geste, et de son habillement même, que rien n’altérait tant qu’il parlait, quelques passions qui l’agitassent ; enfin, toutes les qualités qui faisaient de Périclès l’objet de l’admiration universelle. Un jeune homme débauché et sans éducation l’insulta et l’accabla d’outrages pendant toute une journée, sur la place publique : Périclès n’en continua pas moins d’expédier des affaires urgentes, sans répondre à ses injures. Quand le soir fut venu, il s’en alla tranquillement chez lui, toujours suivi des mêmes cris et des mêmes insultes ; puis, arrivé à la porte de sa maison, il ordonna à un de ses gens de prendre un flambeau, pour éclairer le jeune homme, et de le reconduire jusqu’à sa demeure[2].

Le poète Ion[3] dit pourtant que Périclès était plein de hauteur et de fierté dans ses manières ; qu’il se donnait de grands airs, et que l’on apercevait en lui une sorte de dédain et de mépris pour tout le monde ; tandis que Cimon était, dans le commerce habituel de la vie, un homme doux, affable, et qui savait s’accommoder de tout et à tous. Mais laissons là le poëte Ion, qui voulait que la

  1. Voyez le premier livre de la Métaphysique d’Aristote.
  2. Afin, dit spirituellement saint Basile, que son école de sagesse ne se fît pas de mal en chemin.
  3. Poëte tragique contemporain de Périclès.