Page:Poe - Contes inédits traduction William L. Hughes, Hetzel.djvu/28

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

À ces mots, il se tut tout à coup, pencha la tête sur sa poitrine et parut écouter un bruit que je ne pus entendre. Enfin, se redressant et levant les yeux, il répéta les vers de l’évêque de Chichester :


Attends-moi là ! je ne manquerai pas
De te rejoindre au fond de ce creux vallon…


Puis, l’instant d’après, vaincu sans doute par la force du vin, il se laissa tomber sur un divan. Un pas rapide retentit dans l’escalier et l’on frappa bruyamment à la porte. Je m’empressai de m’y diriger, afin d’empêcher qu’on frappât de nouveau, lorsqu’un page de la marquise Aphrodite se précipita dans le salon, s’écriant d’une voix entrecoupée :

« Ma maîtresse !… ma chère maîtresse !… empoisonnée ! Elle s’est empoisonnée ! Ô belle, belle Aphrodite ! »

Je courus, tout troublé, vers le divan, afin de réveiller le dormeur et lui communiquer la fatale nouvelle. Mais ses membres étaient roidis, ses lèvres livides ; la mort avait glacé ses yeux naguère si étincelants.

Saisi d’horreur, je reculai en trébuchant vers la table d’argent ; ma main rencontra une coupe noircie, brisée, et je compris soudain toute la terrible vérité.