Page:Poe - Eureka trad. Baudelaire 1864.djvu/36

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baconienne, avec leur idée unique, leur parti pris unique et leur marche de boiteux, étaient plus misérablement impuissants, plus tristement ignorants, en face de tous les objets compréhensibles de connaissance, que le plus illettré des rustres qui, en avouant qu’il ne sait absolument rien, prouve qu’il sait au moins quelque chose.

« Nos ancêtres n’avaient pas plus qualité pour parler de certitude, quand ils suivaient, avec une confiance aveugle, la route à priori des axiomes, celle du Bélier. En des points innombrables, cette route n’était guère plus droite qu’une corne de bélier. La vérité pure est que les Aristotéliens élevaient leurs châteaux sur une base aussi peu solide que l’air ; car ces choses qu’on appelle axiomes n’ont jamais existé et ne peuvent pas exister. Il faut qu’ils aient été bien aveugles pour ne pas voir cela, ou du moins pour ne pas le soupçonner ; car, même de leur temps, plusieurs de leurs axiomes de vieille date avaient été abandonnés : Ex nihilo nihil fit, par exemple, et : Un être ne peut pas agir là où il n’est pas, et : Il ne peut pas exister d’anti-