Page:Poincaré - Au service de la France, neuf années de souvenirs, Tome 5, 1929.djvu/332

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il, qu’un monceau de débris perdu dans une plaine ravagée.

Le prince Albert de Monaco, qui avait gardé tant d’illusions sur Guillaume II jusqu’à leur dernière rencontre de Kiel, me télégraphie de Monte-Carlo : « L’acte criminel accompli à Reims par l’ennemi sauvage de la France est une provocation au monde civilisé ; il caractérise une armée, une nation et un règne. J’en suis aussi consterné que le meilleur des Français. »

M. Doumergue, revenu de la Marne, de l’Oise et de Seine-et-Marne, me rend compte de sa tourné d’inspection. Senlis est, en partie, détruite ; plusieurs autres villes sont endommagées ; des villages ont été tout entiers la proie des flammes ; mais ceux des paysans qui ne sont pas mobilisés se sont remis au travail, la campagne a repris presque partout sa physionomie ordinaire, les grandes routes ne sont pas trop détériorées, l’aspect général des contrées qui ont été envahies est moins lugubre qu’on n’aurait pu le redouter. Le ravitaillement civil est assuré. M. Doumergue a vu le général Foch à Châlons ; il me fait un grand éloge de ce chef, qu’il a trouvé remarquable de lucidité et de sang-froid.

Le G. Q. G. a appris aujourd’hui que l’ennemi fait des débarquements à Cambrai et semble préparer une nouvelle manœuvre. Joffre prescrit au général de Castelnau de redresser vers le Nord, comme il avait été prévu, les deux corps de gauche de la 2e armée, pour qu’ils débordent l’aile droite ennemie ; mais au même moment, le XIIle corps, qui forme la droite de l’armée Castelnau, est engagé dans une rude bataille sur le massif boisé de Lassigny, où il se retranche, sans pouvoir déboucher.