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COMMENT FUT DÉCLARÉE LA GUERRE DE 1914

effet, pour échapper à l’effondrement redouté que l’Autriche se hâte déjà d’entrer en guerre. La voici qui donne l’ordre de bombarder Belgrade.

Le mercredi 29, à onze heures et quart du matin, pendant que M. Viviani et moi, nous étions encore dans le train, M. Isvolsky s’est présenté à la direction politique et y a communiqué le texte de deux télégrammes que le gouvernement russe venait d’adresser à Berlin et à Londres. Télégramme à Berlin : À la suite de la déclaration par l’Autriche de la guerre à la Serbie, nous déclarerons demain (c’est-à-dire le 29 juillet) la mobilisation dans les arrondissements d’Odessa, Kiew, Moscou et Kazan. En portant ceci à la connaissance du gouvernement allemand, veuillez confirmer l’absence chez la Russie de toute intention agressive contre l’Allemagne. Notre ambassadeur à Vienne, pour le moment, n’est pas rappelé de son poste.

Télégramme à Londres : À la suite de la déclaration de guerre à la Serbie, les conversations directes de M. Sazonoff avec l’ambassadeur d’Autriche n’ont plus de raison d’être. Il est nécessaire que l’Angleterre exerce aussi rapidement que possible une action dans le but de la médiation et que les opérations de guerre de l’Autriche soient immédiatement arrêtées. Autrement la médiation servira seulement de prétexte pour traîner en longueur la solution de la question et donnera la possibilité à l’Autriche d’écraser entre temps la Serbie.

Ce n’est pas sans de nouvelles inquiétudes que je prends connaissance de la note laissée au Quai d’Orsay par M. Isvolsky. D’autre part, les informations venues d’Allemagne signalent l’accélération des mesures militaires. M. Farges, notre consul général à Bâle, télégraphie qu’un Français arrivant d’Alsace lui a rapporté les faits suivants : un certain nombre des maires des environs de Mulhouse auraient reçu des mains des gendarmes les plis de mobilisation ; le régiment de dragons de Mulhouse aurait été alerté le matin à quatre heures. Notre consul à Dusseldorf, M. Néton, assure que le groupe d’artillerie montée de cette ville est parti dans la direction de Cologne. Des troupes nombreuses sont arrivées en tenue de campagne dans la région de Francfort. Du côté de Darmstadt, de Cassel, de Mayence, les chemins de fer et les ponts sont gardés. Les militaires en congé ont reçu l’ordre télégraphique de rejoindre leurs régiments. Deux trains passent par Mannheim, transportant des troupes venues d’Augsbourg. M. Mollard, ministre de France à Luxembourg, signale, lui aussi, des mouvements militaires, à proximité de la frontière. Si bien que M. Messimy a prié, dans la matinée du 29, le ministère des Affaires étrangères de prévenir nos officiers en congé hors de France qu’ils doivent rejoindre leurs corps.

Malgré tant de symptômes alarmants, M. de Schœn est encore venu au Quai d’Orsay avant le retour de M. Viviani, et il a dit que rien n’était