Page:Polichinelle, 1906, éd. Kahn.djvu/11

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PRÉFACE


Guignol est mort ! Qui l’a tué ? L’art réaliste ou le café-concert ? la splendeur nouvelle des joies foraines, la vie plus trépidante, les sports mis à la portée de l’enfance, la culture nouvelle de l’enfance et le soin qu’on prend de remplacer le merveilleux par la leçon de choses ? Y a-t-il là un des points de démarcation entre le temps passé et le temps présent ; faut-il admettre qu’au vieux temps, encore tout récent, on tenait à emmagasiner, chez les petits, un beau trésor d’images féeriques, de riches réserves d’illusions que le pic tenace de la réalité devait trouver la plus grande peine à déblayer, tandis que maintenant, pour avoir plus vite des êtres de lutte, prêts d’avance aux études scientifiques, on écarte d’eux le vieux répertoire de fables et que le Guignol est effacé du même coup d’éponge qui passe sur les contes de nourrices, sur Peau d’Âne et sur Cendrillon, comme sur la légende de Josué arrêtant le soleil, comme sur celles qui faisaient de la Lé-