Page:Ponchon - La Muse au cabaret, 1920.djvu/29

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Sois favorable au bon vigneron qui t’implore.
Avec l’aide de Dieu, réserve à ses pressoirs
Un vin prestigieux, rose comme l’aurore,
Un vin en or, ou bien encore
Couleur de la pourpre des soirs !
 
Ne le destine pas aux seuls bourgeois notables,
Surtout, grand saint Vincent ! prince des sommeliers !
Ils vont le mélangeant à des eaux impotables.
C’est plutôt sur les gueuses tables
Que sont tes autels familiers !

Ici, s’arrêtera, si tu veux, mon ramage.
Les mots dont je me sers n’ont pas assez d’accent.
Je crois que prosterné devant ta sainte image,
Je te rendrai plus bel hommage.
En buvant du vin, ô Vincent !

Il fait luire parfois, en l’obscure matière,
Qui me sert de cerveau, quelques joyeux couplets.
Ainsi l’on voit — dit-on — dans un vieux cimetière,
Ou sur une sombre tourbière,
Danser de légers feux-follets.