Page:Potier de Courcy - Nobiliaire et armorial de Bretagne, 1890, tome 1.djvu/24

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XXIII
PRÉFACE

blason. Plusieurs, pour se soustraire à cette obligation, effacèrent leurs armoiries sur leur maison, leurs meubles, leurs tableaux, leur vaisselle, leurs cachets ou autres ornements ; d’autres, surtout dans les familles déboutées en 1668, avaient négligé ou refusé de les faire enregistrer ; par un nouvel arrêt du 3 décembre 1697, le Roi ordonna d’autres mesures pour contraindre d’office les récalcitrants à fournir une description de leur blason et à payer le droit d’enregistrement, moyennant lequel ces armoiries seraient portées héréditairement. Mais il faut distinguer entre celles déclarées par les familles et portées avant et depuis la création de l’Armorial et celles données d’office, parce qu’on avait négligé de les fournir. Car après avoir battu monnaie, au moyen des armes déclarées et par les gentilshommes et par les bourgeois possesseurs de fiefs ou revêtus de quelques fonctions judiciaires ou de finance, les traitants, voulant rendre la mesure la plus productive possible, descendirent jusqu’aux marchands dans les villes. C’est dans les suppléments de l’Armorial que se trouvent les armes composées pour les personnes de condition inférieure qui n’en avaient pas déclaré, et qui, contraintes au droit d’enregistrement, ne retirèrent pas leurs brevets. Ces armes de fantaisie, où règnent un mauvais goût héraldique et une prétention d’armes parlantes ou de jeux de mots ridicules, ne méritent pas d’être tirées de l’oubli et nous n’en reproduisons quelques-unes que dans l’impossibilité d’en affecter d’autres aux familles qui, par la suite, exercèrent des charges anoblissantes. D’ailleurs beaucoup de familles notables, en possession d’armoiries qu’elles ne déclarèrent point, ont continué à les porter sans se préoccuper des armes arbitraires qui leur sont attribuées par d’Hozier[1].

  1. Les registres de la généralité de Bretagne renferment 9771 inscriptions d’armoiries, pour lesquelles on versa aux commis à la recette la somme de 211,010 livres. Sur ce nombre, 5,269 blasons ont été déclarés par des individus majeurs appartenant à des familles soit nobles, soit déboutées, ou vivant noblement. Les familles comprises dans ces deux dernières catégories sont les seules dont nous ayons mentionné l’enregistrement à l’Armorial de 1696. Des individus d’une même famille déclarèrent parfois des armes différentes, ce qui explique les doubles armes que nous relatons fréquemment : d’autres déclarèrent les armes de familles nobles homonymes, mais éteintes. Les 4,502 blasons restants, que nous avons négligés, furent octroyés d’office à des recteurs, des procureurs, des huissiers, des apothicaires, des marchands drapiers, merciers, orfèvres et autres. Il eût été sans intérêt de rapporter que les recteurs dont on ignore souvent les noms, laissés en blanc, mais qu’on fit signifier dans leurs paroisses au payement des 20 livres exigées, reçurent pour armes : des cloches, des calices, des couronnes d’épines et des croix de toute nature ; qu’on orna ou meubla l’écusson des chirurgiens, de pieds, de mains et d’oreilles coupées ; celui des arpenteurs, d’équerres ou de compas ; celui des perruquiers, de perruques ; celui des orfèvres, de couronnes d’or et de colliers de perles ; qu’on donna aux procureurs, aux huissiers et aux commis greffiers, des bourses d’argent, des rateaux et des écritoires ; aux potiers d’étain, des aiguières, et aux apothicaires, des seringues. Avec les noms qui prêtaient au calembourg, on composa aussi des armoiries parlantes, mais fort peu héraldiques. — Ainsi les Bizeul portèrent deux yeux ; les Boulomer, une boule posée sur la mer ; les Boulonnois, une boule et des noix ; les Guillaume, un guy de chêne et trois heaumes ; les Guillemin, un guy et une main ; les Guilloré, un guy et des lauriers ; les Guillou, un guy et un loup : les Moal, en français le Chauve, une tête chauve de vieillard ; les Nicollon, un nid et des cols de grue ; les Perrot, des perroquets ; les Raguideau, un rat d’eau nageant, etc. Au droit principal de 20 livres, le tarif ajoutait 40 sols, pour les 2 sols pour livre, et 30 sols pour les frais de blason, ensemble 23 livres 10 sols. Le brevet était délivré contre un récépissé de cette somme donné par les commis à la recette, mais on comprend le peu d’empressement montré pour aller retirer certains brevets, dont voici la rédaction uniforme :

    Par ordonnance rendue le … par MM. les commissaires généraux du conseil députes sur le fait des armoiries, celles de N., telles qu’elles sont ici peintes et figurées, après avoir été reçues, ont été enregistrées à l’Armorial général, dans le registre coté X., généralité de X., en conséquence du payement des droits réglés par les tarifs et arrêt du conseil du 20e de novembre de l’an 1696.

    En foy de quoi, le présent brevet a esté délivré à Paris, par nous Charles d’Hosier, conseiller du roy et garde de l’Armorial général de France, etc.

    Signé : d’Hozier.