Page:Pouchkine - Boris Godounov, trad Baranoff, 1927.djvu/147

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soudain ; le sang a jailli de ses oreilles et de sa bouche.

(On porte le tsar sur un fauteuil. Toute sa famille, tous les boyards.)

LE TSAR

Retirez-vous, et qu’on me laisse seul avec le tsarewitch ! (Tous sortent.) Je meurs, embrassons-nous. Adieu, mon fils ! tu vas régner bientôt… Mon Dieu, mon Dieu ! je vais comparaître devant Toi, et je n’ai pas le temps de purifier mon âme ; mais toi, mon fils, tu m’es encore plus cher que mon salut ; qu’il en soit donc ainsi ! Je suis, par ma naissance, un sujet obscur, j’aurais pu mourir obscur ; mais j’ai atteint au pouvoir suprême, comment ? Ne le demande pas. Tu es innocent, et tu as le droit de me succéder au trône. C’est à moi seul à répondre devant Dieu… Mon fils chéri, ne te flatte pas d’un espoir trompeur et illusoire : le début de ton règne sera chargé d’orage ; cet imposteur est une dangereuse menace pour toi. Il est aidé de son terrible nom. Grâce à mon expérience, j’ai pu maîtriser pendant de nombreuses années le peuple révolté ; il tremblait de terreur devant moi, et la trahison n’osait pas lever la tête. Mais toi, si jeune et si inexpérimenté, comment pourras-tu régner au milieu