Page:Pouchkine - Boris Godounov, trad Baranoff, 1927.djvu/148

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de cette tempête terrible, sauras-tu dompter l’émeute, déjouer la trahison ? Mais Dieu est grand. Il enseigne les jeunes et affermit les faibles. Ecoute-moi : il te faudra choisir un conseiller fidèle et sûr, mûri par l’âge, aimé du peuple et respecté des nobles pour sa haute race : prends Chouïsky. Pour tes armées tu as besoin d’un chef de valeur : envoie Basmanov, et laisse sans t’émouvoir les boyards mécontents murmurer de ta décision. Tu connais bien la marche des affaires, car tu me secondas toujours à la Douma. Ne modifie rien, car sache que l’habitude est l’âme du pouvoir. J’ai dû, naguère encore, recourir aux exécutions, à la prison, aux supplices. Tu pourras gracier : on te bénira comme on bénit ton oncle, lorsqu’il succéda au tsar Ivan le terrible, son père. Mais, peu à peu, avec le temps, fais sentir de nouveau au peuple les rênes du pouvoir ; laisse-les flotter pour le moment. Accueille les étrangers, accepte leurs services ; suis pieusement les commandements de ton Église ; observe le silence ; la parole du tsar ne doit jamais se faire entendre en vain ; comme le son d’une cloche sacrée, elle s’élève seulement pour annoncer les grandes fêtes, ou les malheurs de la patrie. Mon fils chéri, tu as atteint l’âge où un beau visage de femme