Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/32

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


viction, née de rêvasseries enfantines malsaines et mal dirigées, se fortifiait tous les jours.

Un moment, elle pensa aux incessantes meurtrissures reçues au contact de la servante, à ses rebuffades sans motif, à son attitude toujours grincheuse, aux paroles cruelles où elle avait compris qu’elle était pour sa mère un sujet de souci, une entrave, puis, comme si ce souvenir en éveillait un autre, la seconde plaie secrète de son enfance saigna.

À côté de l’inexplicable hostilité de Gertrude, elle avait eu à subir, au sujet de sa mère, les assauts d’une curiosité aiguë et infatigable.

Les efforts incessants faits pour dérouter cette inquisition tenace, sans trahir sa propre ignorance du passé, avaient donné à ses longues songeries une tournure d’occulte défiance, et le silence absolu gardé par sa mère sur sa vie, silence que, sans provocation du dehors, elle eût à peine remarqué,