Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/33

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était devenu pour elle une source de préoccupation constante où s’empoisonnait sa tendresse. Elle avait subi, sans en avoir conscience, une lente infiltration de méfiance, et elle en était devenue pénétrée au point de ne plus même chercher à écarter cet alliage désormais mêlé à toutes ses pensées.

Elle vit se dessiner devant elle le visage fané de son institutrice, de cette seconde initiatrice méchante dont le contact journalier l’avait poussée à examiner sournoisement tout ce qui se passait autour d’elle, et à scruter tous les jours avec plus d’attention les attitudes de sa mère. Elle vit nettement l’éclair des petits yeux curieux sous les paupières lourdes et flasques, les lèvres minces, que le passage des mots entr’ouvrait à peine, toute la personnalité fatiguée et vulgaire de Mme Musseau. Aussitôt un flot trouble courut le long de ses veines anémiques, et, voyant sa mère quitter la fenêtre et s’approcher d’elle, elle s’arma de résistance. Dans ce moment, il lui était impossible de masquer sa