Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/54

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rent aux affriolantes amorces de la rue, il allait au hasard devant lui.

De vieux souvenirs, de pâles réminiscences des lieux, où, là-bas, sous le soleil dévorant des Indes, il était venu au monde, surgissaient autour de lui, et à travers le bourdonnement de millions d’insectes, il percevait nettement la voix éraillée de son oncle, répétant :

— Mauvaise idée, moi, parbleu !

Comme il passait devant la massive cathédrale aux tours carrées, basses et gothiques, il s’arrêta brusquement, tandis que d’un geste inquiet il fouillait ses goussets jusqu’au fond. De l’ombre du portique une pauvresse déguenillée se détacha aussitôt et, le regard vide, elle tendit la main, ânonnant une requête. Il l’écarta impatienté :

— Je n’ai rien, je n’ai rien !

Et se souvenant tout à coup qu’il était attendu, il changea de direction et hâta le pas du côté du nord.

Ce jour-là, contrairement à ses habitudes, le caissier s’attarda un moment à table,