Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/66

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pendant ce temps, à côté de moi, un souvenir impitoyable distillait du fiel. Contre qui ? Contre la mère malheureuse ? Non, contre l’enfant ! Mais je ne pourrai pas supporter cela, moi ; tout le reste, mais pas cela, non !

En prévoyant pour l’avenir un jour de crise, Gertrude ne l’avait jamais imaginé sous cette forme. Ce n’était pas elle qui jouait un rôle dans le drame étroit qu’elle avait conçu. Elle n’avait jamais anticipé une lutte à livrer à ses propres instincts. Aimer cette enfant du mal, soupçonneuse et cachée ? jamais ! Mais mentir tous les jours patiemment, pour dissimuler à la mère son aversion, oui.

— Est-ce que je pouvais deviner, moi ? dit-elle enfin à voix basse. Eh bien, oui, je l’aimerai. Est-ce que je pouvais deviner ?

Deviner ? Qu’y avait-il là à deviner ?

Était-il possible que quelqu’un parlât de deviner en face de circonstances si limpides qu’aucun suspens d’esprit n’était admissible ?

Le cœur de la mère se gonfla à éclater. Si