Page:Pradez - La Revanche du Passé, 1900.djvu/67

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dans la mémoire de cette femme obscure qui, sans jamais faire allusion à son abnégation, lui avait sacrifié sa vie, la goutte empoisonnée s’était conservée assez intacte pour qu’elle la lui versât aujourd’hui de cette façon cruelle, quelle destinée de pesante solitude attendait donc son enfant au milieu des hommes !

Elle refoula énergiquement l’amertume qui lui montait aux lèvres, tandis que devant ses yeux toutes les heures mornes que Gertrude avait patiemment vécues à côté d’elle déployaient leur terne cortège interminable.

Elle se souvint de son arrivée désolée dans la grande ville inconnue, sans autre appui que la présence de cette associée volontaire à sa lamentable destinée.

Jamais, pendant le long temps d’épreuve où la lutte avec les difficultés matérielles rendait la vie si dure, Gertrude n’avait eu un mot de plainte. Elle s’était enfermée, silencieuse, dans son laborieux dévouement, sans jamais faire allusion à la cause d’une existence sans joie, faite d’efforts et de privations. Peu