Page:Pradez - Les Ignorés.djvu/187

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


THÉRÈSE




I


Entre deux bouffées de tabac, Pierre dit son opinion. Il était devenu d’humeur taciturne, rêveuse, absente. Tous les soirs que Dieu donnait, il venait s’asseoir à ce même foyer, qui n’était pas le sien, y fumait sa pipe jusqu’au fond en silence, puis il s’en allait à travers la nuit du village, d’un gros pas lourd de paysan. Le son inattendu de sa voix fit dresser l’oreille au vieux couple.

— Moi, dit-il, si j’étais vous, j’irais au tribunal.

Et, remettant sa pipe au coin de sa bouche, il continua de fumer paisiblement.

Un brouillard bleu entourait la tête du fumeur et empêchait de bien voir ses traits. Cependant il paraissait jeune encore ; trente-cinq ans peut-être, mais